Un seul et même réseau quelque soit le datacenter

Derrière ce titre un poil « putaclic » se cache des heures de recherches et des litres de café. Et oui, le réseau et moi ça fait deux… Vous vous souvenez sans doute de mon dernier article portant sur openvswitch, il n’était pas écrit pour rien… généralement quand je commence à fouiller une techno c’est que j’ai une idée derrière la tête.

Jusqu’à présent pour créer un réseau privé, j’utilisais tinc. Je ne vais pas m’appesantir sur ce sujet, mais c’est tout de même assez puissant. Je ne cache pas que dans une logique d’automatisation et d’industrialisation, ce n’est pas franchement sexy. Il faut installer le binaire, le configurer (en mode switch c’est mieux), créer les interfaces tun/tap, les clés, les partager…  Il existe des rôles Ansible pour faire le job, vous les trouverez facilement sur Github.

On va s’approcher un peu plus d’un fonctionnement type OpenStack et utiliser les possibilités offertes par OpenVSwitch.

Nous allons créer un bridge interne GRE avec tunnel IPsec :

Pré-requis

Pour ce faire il faut au minimum deux hyperviseurs KVM bare metal, ça fonctionne aussi avec Proxmox et MacOS VMWare (ahahah), OpenStack puisque c’est intégré dans la solution, mais aussi sans rien… Il faut deux IPs joignables qui pointent vers les serveurs. Avoir installé openvswitch, sauf si ça ne vous intéresse pas mais dans ce cas, je me demande pourquoi vous lisez ces lignes.

Configuration

On ne va pas faire une usine à gaz, juste créer des certificats auto-signés avec la cli d’openvswitch sur le premier hôte : 

mkdir /etc/keys
cd !$
ovs-pki req -u `hostname`
ovs-pki self-sign `hostname`

La même procédure sur le deuxième hôte :

mkdir /etc/keys
cd !$
ovs-pki req -u `hostname`
ovs-pki self-sign `hostname`

Il faut copier la clé d’un serveur sur l’autre : 

scp `hostname`-cert.pem user@hote2:/etc/keys/`hostname`-cert.pem
scp `hostname`-cert.pem user@hote1:/etc/keys/`hostname`-cert.pem

Ensuite on va dire à openvswitch où se trouvent ces fichiers :

ovs-vsctl set Open_vSwitch . \
other_config:certificate=/etc/keys/<hostname1>-cert.pem \
other_config:private_key=/etc/keys/<hostname1>-privkey.pem

A faire sur chacun des serveurs bien sûr et changeant le nom hostname du .pem. C’est terminé pour les certificats et clés. Maintenant la mise en place des bridges ipsec GRE avec openvswitch. Sur l’hôte 1:

ip addr add 192.0.0.1/24 dev br-ipsec
ip link set br-ipsec up
ovs-vsctl add-port br-ipsec tun -- set interface tun type=gre \
options:remote_ip=<ip_de_hote2> \
options:remote_cert=/etc/keys/<hostname2>-cert.pem
ovs-vsctl show

Sur l’hôte 2 :

ip addr add 192.0.0.2/24 dev br-ipsec
ip link set br-ipsec up
ovs-vsctl add-port br-ipsec tun -- set interface tun type=gre \
options:remote_ip=<ip_de_hote1> \
options:remote_cert=/etc/keys/<hostname1>-cert.pem

Et maintenant sous vos yeux ébahis depuis l’hôte 2 :

ping 192.0.0.1
PING 192.0.0.1 (192.0.0.1) 56(84) bytes of data.
64 bytes from 192.0.0.1: icmp_seq=1 ttl=64 time=88.9 ms
64 bytes from 192.0.0.1: icmp_seq=2 ttl=64 time=87.6 ms
64 bytes from 192.0.0.1: icmp_seq=3 ttl=64 time=87.8 ms
^C
--- 192.0.0.1 ping statistics ---
3 packets transmitted, 3 received, 0% packet loss, time 2002ms
rtt min/avg/max/mdev = 87.587/88.097/88.926/0.591 ms

Généralisation

Vu que les serveurs sont des hyperviseurs KVM, on va tenter de créer des machines virtuelles qui profiteront du tunnel IPsec.
Comme nous l’avons vu dans le dernier article sur openvswitch, il faut intégrer le xml du bridge pour qu’il soit interprété par libvirt :

# cat /tmp/net-ipsec.xml
<network>
  <name>net-ipsec</name>
  <forward mode='bridge'/>
  <bridge name='br-ipsec'/>
  <virtualport type='openvswitch'/>
</network>
virsh net-define /tmp/net-ipsec.xml
virsh net-start net-ipsec
virsh net-autostart net-ipsec

Faites démarrer une vm sur chaque hyperviseur avec comme réseau net-ipsec, donnez-lui une adresse dans ce réseau et pingez. 

Ping de deux vms entre Paris et Beauharnois (datacenter OVH)… latence cata…

Automatisation

Pour travailler dans un environnement automatisé, avec Terraform et Libvirt KVM, il faudra utiliser un alias pour le provider (j’ai mis Toronto en hommage à Glenn Gould, le joueur de foot) :

# cat multi_hyp.tf
provider "libvirt" {
          uri   = "qemu:///system"
}

provider "libvirt" {
          alias = "toronto"
          uri   = "qemu+ssh://<kvm_user>@<ip_address>/system"
}

resource "libvirt_volume" "local-fedora-qcow2" {
          name = "fedora-qcow2"
          pool = "default"
          source = "https://download.fedoraproject.org/pub/fedora/linux/releases/32/Cloud/x86_64/images/Fedora-Cloud-Base-32-1.6.x86_64.qcow2"
          format = "qcow2"
}

resource "libvirt_volume" "remote-fedora-qcow2" {
          provider = libvirt.toronto
          name = "fedora-qcow2"
          pool = "default"
          source = "https://download.fedoraproject.org/pub/fedora/linux/releases/32/Cloud/x86_64/images/Fedora-Cloud-Base-32-1.6.x86_64.qcow2"
          format = "qcow2"
}

resource "libvirt_cloudinit_disk" "commoninit-local" {
          name = "local-commoninit.iso"
          pool = "default"
          user_data = data.template_file.user_data.rendered
          network_config = data.template_file.network_config_local.rendered
}

resource "libvirt_cloudinit_disk" "commoninit-remote" {
          provider = libvirt.toronto
          name = "remote-commoninit.iso"
          pool = "default"
          user_data = data.template_file.user_data.rendered
          network_config = data.template_file.network_config_remote.rendered
}

data "template_file" "user_data" {
          template = file("${path.module}/cloud_init.cfg")
          vars = {
             hostname       = "fedora"
             fqdn           = "lan"
             user           = "matt"
             ssh_public_key = "ssh-rsa AAAA..."
          }
}


data "template_file" "network_config_local" {
          template = file("${path.module}/network_config_static.cfg")
          vars = {
             prefixIP = "192.0.0"
             octetIP = "6"
          }
}

data "template_file" "network_config_remote" {
          template = file("${path.module}/network_config_static.cfg")
          vars = {
             prefixIP = "192.0.0"
             octetIP = "7"
          }
}

resource "libvirt_domain" "local-domain" {
          name   = "local"
          memory = "2048"
          vcpu   = 2

          disk {
            volume_id = libvirt_volume.local-fedora-qcow2.id
          }

          cloudinit = libvirt_cloudinit_disk.commoninit-local.id

          network_interface {
             network_name   = "net-ipsec"
          }
}

resource "libvirt_domain" "remotehost-domain" {
          provider = libvirt.toronto
          name     = "toronto"
          memory   = "2048"
          vcpu     = 2

          disk {
            volume_id = libvirt_volume.remote-fedora-qcow2.id
          }

          cloudinit = libvirt_cloudinit_disk.commoninit-remote.id

          network_interface {
            network_name = "net-ipsec"
          }
}

terraform {
          required_version = ">= 0.12"
}

Avec les fichiers config de cloudinit qui vont bien :

# cat cloud_init.cfg
#cloud-config
# vim: syntax=yaml
hostname: ${hostname}
fqdn: ${fqdn}
ssh_pwauth: true
manage_etc_hosts: true
chpasswd:
  list: |
     root: StrongPassword
  expire: False
users:
  - name: ${user}
    passwd: $6$rounds=4096$sWnV/iBTck9OVnMl$PcfdG7/Yjq91I7KdGJyfap23K3wvt3OFtnGhC2vXpbeK7zYC1EO4qU3toVinoYHxPPhkA3HmyKURONXv1Ezrq.
    lock-passwd: false
    ssh_authorized_keys:
      - ${ssh_public_key}
    sudo: ['ALL=(ALL) NOPASSWD:ALL']
    shell: /bin/bash
    groups: wheel
growpart:
  mode: auto
  devices: ['/']
output:
    init:
        output: "> /var/log/cloud-init.out"
        error: "> /var/log/cloud-init.err"
    config: "tee -a /var/log/cloud-config.log"
    final:
        - ">> /var/log/cloud-final.out"
        - "/var/log/cloud-final.err"
final_message: "The system is up, after $UPTIME seconds"

et pour le réseau statique :

# cat network_config_static.cfg
version: 2
ethernets:
  eth0:
     dhcp4: no
     dhcp6: no
     addresses: [ ${prefixIP}.${octetIP}/24 ]

Et les vms se pingent, on peut également s’y connecter en SSH depuis leurs adresses privées sur 192.0.0.0/24 :

Optimisation

Il peut être franchement intéressant d’optimiser en configurant la valeur du MTU. Par exemple sur ma connexion entre mes deux hyperviseurs kvm (Paris et Beauharnois) en passant d’un MTU 1500 à 1554 j’obtiens : 

[root@hyp ~]# iperf -c 192.0.0.2
------------------------------------------------------------
Client connecting to 192.0.0.2, TCP port 5001
TCP window size:  325 KByte (default)
------------------------------------------------------------
[  3] local 192.0.0.1 port 44128 connected with 192.0.0.2 port 5001
[ ID] Interval       Transfer     Bandwidth
[  3]  0.0-10.2 sec  10.1 MBytes  8.35 Mbits/sec
[root@hyp ~]# ifconfig eno3 mtu 1554
[root@hyp ~]# iperf -c 192.0.0.2
------------------------------------------------------------
Client connecting to 192.0.0.2, TCP port 5001
TCP window size:  325 KByte (default)
------------------------------------------------------------
[  3] local 192.0.0.1 port 44130 connected with 192.0.0.2 port 5001
[ ID] Interval       Transfer     Bandwidth
[  3]  0.0-10.1 sec   264 MBytes   220 Mbits/sec

Voilà pour cet article, reste maintenant à isoler à l’intérieur avec des VLANS, mais aussi VXLAN… dans un futur… proche… si j’ai le temps…

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